|
Si les personnages
bariolés de Frédéric
Lanovsky pouvaient parler, ils diraient tout
le plaisir pris par leur créateur à les modeler,
à les façonner, linfinie tendresse avec
laquelle il leur donne vie, dès lors quils
prennent corps dans son esprit : « Doù
ils viennent, je ne sais pas vraiment, il y a beaucoup de
choses qui se passent la nuit dans mes rêves
» Du rêve à la réalité,
il ny a quun pas, que le sculpteur franchit
chaque jour dans son atelier cannois selon
un processus de création pour le moins original :
« Je crée dabord une armature en métal,
que je recouvre de bandelettes de plâtre. Jhabille
ensuite cette ossature dun mélange de résine
teintée de pigments de couleur et de fibre de verre.
» Sous la patte talentueuse de leur auteur, les personnages
voient peu à peu le jour, immenses, tellement humains,
tellement vivants avec leur expression, leur posture, leurs
accessoires
leur identité propre.Des personnages
qui vivaient dans limaginaire de lartiste depuis
toujours.
Sculpter en grand
Aussi loin quil se souvienne, Frédéric
sest senti attiré par les arts plastiques.
« Je dessine depuis la maternelle. Créer était
une évidence pour moi, je nimaginais pas faire
autre chose de ma vie » confie le sculpteur. Aussi,
après sa scolarité à Cannes, il se
dirige tout naturellement vers les Beaux-Arts, à
Nice puis à Toulon. Il tente lexpérience
parisienne et devient coloriste dessinateur dans la mode,
pour de grandes maisons comme Cacharel. Il sessaye
à la photo, démarche également les
magazines et vend ses dessins pour illustrer différents
sujets. Très vite lenvie de sculpter lobsède.
Il modèle de petits personnages avec du fil de fer
et de la terre qui préfigurent déjà
son style, son uvre. Paris ne lui convient plus. Ses
personnages lhabitent, il veut les sculpter en grand,
en très grand : « Cest cette autre approche,
plus physique, plus en mouvement qui mintéressait
! » Résolu, il repart pour le sud.
Personnages et créatures
Peu à peu, les géants de résine voient
le jour. Avec leurs couleurs, vives, gaies, avec leur sourire,
rayonnant, enfantin, avec leur présence et leur personnalité.
Des personnages que Frédéric faisait déjà
vivre sur le papier au travers de ses aquarelles, et qui
simposent désormais tout naturellement en trois
dimensions
surdimensionnées ! Ils ont des noms
à leur image, accessibles, familiers : Les touristes,
La famille, La star, Lhomme fort
Certains ont
même des prénoms bien à eux : la jolie
Valentine, avec son sac à main et son petit chien,
la pulpeuse Lady Gwendolyn couleur débène
Parfois, ces êtres sculptés partagent leur
apparence humaine avec un visage danimal. Des animaux
également au centre du travail de création
du sculpteur, qui tiennent compagnie à ses personnages
ou prennent les traits de créatures fantasmagoriques.
Et puis il y a toutes ces autres sculptures aux formes insolites,
sonores, lumineuses, animées, mariant avec bonheur
fer et résine
autant duvres originales
qui font aussi partie intégrante de lunivers
attachant de Frédéric Lanovsky : « Jessaie
de transmettre quelque chose de bien. Vous savez, ce qui
mimporte, cest de faire passer des émotions
gaies,
positives. »
Consécration
Quand vient le temps de présenter son travail au
public, Cannes, sa ville natale, laccueille à
bras ouverts. Il expose dans les jardins de la médiathèque,à
lEspace Miramar, sur le parvis du Palais des Festivals
et des Congrès, au théâtre La Licorne,
à la Fnac, mais aussi dans des lieux pour le moins
originaux comme le jardin de lhôpital des Broussailles
« Jaime beaucoup installer mes sculptures dans
des endroits sans rapport avec lart. Quand jai
exposé à Biot en 2003, on retrouvait mes personnages
au détour dune rue, du balcon ou de la terrasse
dun particulier. À chaque fois, cest
un peu de moi-même que jexpose
»
Les rendez-vous se multiplient, du Mas dArtigny à
Saint-Paul de Vence jusquà San Francisco, où
Frédéric reçoit un accueil très
chaleureux du public américain, conquis. Les acquéreurs
se manifestent, une consécration pour le sculpteur
même si la séparation est toujoursdifficile
: « Un jour, jétais entouré dune
multitude de sculptures et jai eu une drôle
de sensation, comme si jétais en train de me
faire envahir. Cest là que jai compriscompris
quil fallait vendre. Mais
je dois toujours faire
un gros travail sur moi-même pour les laisser partir.
Cest malgré tout intéressant dobserver
la façon dont les acheteurs sapproprient les
uvres, institutionnels ou particuliers. La Ville de
Cannes, qui a acquis deux sculptures, Le loup et Lady Gwendolyn,
les a disposées à lentrée de
la nouvelle salle des Arlucs. Un médecin, niçois
installé cours Saleya qui a acheté La star,
ne cesse de la changer de place, comme pour la faire vivre
! » Mais la commande qui lui tient le plus à
cur est la dernière en date, celle du nouvel
hôpital pour enfants de Londres, The Evelina Childrens
hospital, : « Les sculptures ont été
choisies par un groupe denfants et de psychologues,
explique Frédéric, enthousiaste. Si ellespeuvent
apporter ne serait-ce quune seconde de bonheur à
un enfant, en rendant lhôpital moins agressif,
alors jaurai vraiment gagné quelque chose
»
Article "Cannes Soleil"
septembre 2005.
|
|
|